Cartographie mondiale, controverses scientifiques et mise en regard explicite des écoles ISAF et CRIOBE.
Sur la décennie 2015–2025, l'ISAF a confirmé en moyenne 70 morsures non provoquées par an et 6 décès non provoqués annuels. La distribution géographique reste stable : États-Unis ≈ 40 %, Australie ≈ 25–32 %.
L'année 2025 a enregistré 65 morsures non provoquées et 9 décès non provoqués (12 morts toutes catégories), avec un déplacement notable de la mortalité vers l'Australie : 5 décès non provoqués, tous attribués au requin blanc A — ISAF 2025.
Trois espèces concentrent la majorité des cas graves et fatals : requin blanc (Carcharodon carcharias), requin-tigre (Galeocerdo cuvier) et requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) — soit environ 65 % des incidents recensés par l'ISAF B.
Deux écoles d'interprétation structurent la littérature contemporaine :
Cartographie des principales zones documentées (clusters d'incidents, zones d'activité chronique, sites de tracking) de 1916 à 2025. Cliquer un marqueur pour les détails.
Fond cartographique : © OpenStreetMap contributors. Positions à but illustratif ; pour la localisation précise des incidents, consulter les bases ISAF/GSAF.
| Niveau | Définition | Exemple typique |
|---|---|---|
| A | Très forte — base institutionnelle ou peer-review avec méthodologie explicite | Sommaire ISAF ; Clua et al. 2024 |
| B | Forte — rapport gouvernemental, programme scientifique reconnu | DPI Australie, Shark Spotters |
| C | Moyenne — presse de référence recoupée | AFP, Reuters, Al Jazeera |
| D | Faible — source unique, agrégateur | Blogs, sites touristiques |
| E | Spéculative — hypothèse non étayée empiriquement | Lien lunaire / attaques |
Synthèse ISAF — à lire en gardant à l'esprit que les chiffres bruts dépendent fortement de la fréquentation humaine.
| Région | 2024 NP | 2024 † | 2025 NP | 2025 † | Espèce dominante (fatals) |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis (total) | 28 | 1 | 25 | 1 | Variable |
| ↳ Floride | 14 | 0 | 11 | 0 | Pointes noires, spinners (non létales) |
| ↳ Hawaï | 4 | 1 | 4 | 0 | Tigre |
| Australie (total) | 9 | 0 | 21 | 5 | Requin blanc |
| ↳ Western Australia | — | — | 7 | 1 | Requin blanc |
| ↳ New South Wales | — | — | 8 | 2 | Requin blanc |
| ↳ South Australia | — | — | 3 | 1 | Requin blanc |
| ↳ Queensland | — | — | 2 | 1 | n.d. |
| Bahamas | — | — | 5 | 0 | n.d. |
| Égypte | 1 | 1 | — | — | Tigre / Oceanic whitetip |
| Maldives | 1 | 1 | — | — | n.d. |
| Afrique du Sud | — | — | 1 | 1 | Requin blanc |
| Mozambique | — | — | 1 | 1 | n.d. |
| Vanuatu | — | — | 1 | 1 | n.d. |
| Nouvelle-Zélande | — | — | 3 | 0 | — |
| TOTAL MONDIAL | 47 | 4 | 65 | 9 | — |
NP = non provoqué ; † = fatals non provoqués. Source : ISAF Yearly Worldwide Summary 2024 & 2025, Florida Museum of Natural History. A
Le désaccord entre l'ISAF et le programme Clua structure la lecture des données autant que les stratégies de gestion du risque.
Reconnaissance d'erreur. Une version antérieure de ce rapport qualifiait l'hypothèse rogue shark de « réfutée par la science majoritaire ». Cette formulation est incorrecte au regard de la littérature 2018–2024. Les travaux de Clua & Linnell (2018) puis surtout Clua et al. (2024, Conservation Letters), « First evidence of individual sharks repeatedly targeting humans », constituent une démonstration empirique, peer-reviewed, du comportement de récidive chez certains individus. Formulation correcte : l'hypothèse est désormais étayée empiriquement chez certains individus, mais reste minoritaire dans le discours institutionnel de l'ISAF.
« It is much more plausible that multiple sharks were present in the area, responding to the same environmental cues. » — G. Naylor, à propos de Padre Island (juin 2024).
L'hypothèse « erreur d'identité » des juvéniles, largement reprise par l'ISAF (Floride, Volusia County), a été directement contestée par Clua & Meyer (Univ. Hawaii) dans Behaviour : « it is unlikely that sharks "make a mistake" when they bite a human. To think so is to consider that all sharks constitute a potential danger to humans, but this is FALSE ».
Le débat porte moins sur l'existence de morsures exploratoires non létales (peu contestée) que sur l'interprétation comportementale — erreur cognitive (Naylor) vs comportement intentionnel d'exploration (Clua/Meyer) — et ses implications pour la perception publique du risque.
| Cas | Période | Espèce probable | Statut scientifique | Fiab. |
|---|---|---|---|---|
| Jersey Shore (NJ, USA) | 1–12 juillet 1916 | Blanc juvénile et/ou bouledogue (contesté) | Burgess (ISAF) : 1 individu ; Martin (Reefquest) : ≥ 3 individus — irrésolu | B |
| Sharm el-Sheikh (Égypte) | décembre 2010 | Oceanic whitetip | Burgess admet exceptionnellement la possibilité d'un même individu | C |
| La Réunion | 2011–2019 | Bouledogue + tigre | Lecture environnementale dominante (Lagabrielle 2018) ; angle individuel non explicitement testé | A |
| Nouvelle-Calédonie | 1980–2024 | Tigre, bouledogue | Terrain principal de Clua et al. 2024 — preuve empirique de récidive individuelle | A |
| Recife / Boa Viagem (BR) | 1992–2006 | Bouledogue + tigre | Lecture environnementale dominante (Hazin et al. 2008 — port de Suape) | A |
≈ 300 incidents recensés à New Smyrna Beach depuis 1882 — première concentration mondiale en nombre brut A. Espèces : pointes noires (C. limbatus), spinners (C. brevipinna), bouledogues occasionnels. Quasi-totalité des morsures non létales. La lecture ISAF privilégie la combinaison « eaux turbides + bancs de poissons migrateurs + surf intensif » au passage de Ponce Inlet.
Population de surfeurs explorant des spots reculés en hausse + agrégation documentée de requins blancs sur sites de proies (otaries) près de plages fréquentées. 2025 : 5 décès non provoqués, tous attribués au requin blanc A. Naylor évoque le foiling et les surf trips éloignés (infrastructure de secours faible).
≈ 90 attaques fatales confirmées par l'ISAF depuis le début du XXe. Pic historique : « Black December » 1957–58 sur la côte du Natal (9 attaques, 6 décès en 4 mois) — facteurs multifactoriels : baleiniers, crues fluviales, développement balnéaire B. 2022 : deux décès par requin blanc à Plettenberg Bay dans le même secteur en trois mois — cas typique où la question « même individu ? » se pose sans réponse forensique publique.
≈ 30 attaques, 11 décès — 18,5 % des fatalités mondiales sur la période A. Taux d'incidence multiplié par ≈ 23 sur 2005–2016 lorsque rapporté au nombre d'heures de surf (Lagabrielle et al. 2018). Espèces : bouledogue majoritaire, tigre secondaire. Hypothèses environnementales : marine réserve 2007 ; arrêt pêche au requin (1999) ; ruissellement urbain ; aquaculture côtière. Aucune n'est isolément démontrée. Programme CHARC (2011–2015, ≈ 1 M€) : 46 tigres + 36 bouledogues marqués acoustiquement.
51 attaques / 19 décès 1992–2006 (Hazin et al. 2008) A. Cause causale plausible : construction et opération du port de Suape déplaçant les populations de bouledogues vers l'estuaire du Jaboatão et les plages de Boa Viagem/Piedade. Pic en juillet ; distribution Sunday/Thursday attribuée à la fréquentation humaine.
Cas espacés mais répétés : Sharm el-Sheikh 2010 (oceanic whitetip) ; Marsa Alam 2018 ; Sharm 2020 ; Hurghada 2022 (2 décès en quelques jours) ; Hurghada 2023 (touriste russe, requin-tigre capturé et examiné) C. Contexte : drop-offs proches du littoral, expansion touristique, pratiques de feeding documentées localement.
62 interactions 1980–2022 (Lagabrielle, Allibert, Kiszka et al. 2025, Scientific Reports). Terrain principal des travaux de Clua sur le problem shark. 3 attaques non provoquées dont 1 fatale en 2023.
Espèce dominante : requin-tigre. Programme PacIOOS/HIMB depuis 2004 : ≈ 100 individus marqués acoustiquement, suivi sur 143 stations couvrant l'archipel A. Meyer et al. 2018 : forte fidélité d'île « domicile » mais déplacements inter-îles documentés (jusqu'à 1 400 km au large). Pic relatif d'incidents à Maui en 2012–2013 — explication géographique (plateau insulaire étendu).
Trois programmes structurants en accès public partiel.
48 puis 92 requins blancs marqués entre 2012 et 2023 (Atlantique US/Canada). Migrations annuelles documentées entre Terre-Neuve et l'Est du Golfe du Mexique. Étés/automnes Nouvelle-Angleterre & Canada Atlantique, hivers Sud-Est US au Golfe (préférence 21–24 °C). Forte philopatrie. Cas suivi médiatiquement : Contender (♂, 13.8 ft / 1 653 lb), marqué le 17 janvier 2025 à 45 mi au large de la frontière FL/GA, > 4 300 mi parcourus en 10 mois.
Plus de 100 individus marqués depuis 2004 ; 143 stations réceptrices acoustiques sur > 1 500 mi de l'archipel. Environ ¼ des femelles matures effectuent une migration de French Frigate Shoals vers les îles principales à l'automne, potentiellement pour mettre bas.
Programme 2011–2015 (≈ 1 M€). 36 bouledogues marqués : mâles culminant en hiver, femelles présentes toute l'année ; proximité côtière l'après-midi et la nuit — corrélation spatio-temporelle forte avec les attaques documentées sur la même période (Lemahieu et al. 2017 ; Blaison et al.).
À notre connaissance, aucune publication publique ne corrèle un identifiant individuel de tracking avec un incident spécifique. L'identification individuelle utilisée par l'équipe Clua repose sur la morphologie de morsure, la photo-ID et le profilage ADN — outils différents du tracking acoustique/satellite classique. Toute affirmation reliant les tracks OCEARCH/PacIOOS à un incident humain serait actuellement non sourcée scientifiquement.
| Variable | Effet observé | Force | Source principale |
|---|---|---|---|
| Fréquentation humaine de l'eau | Détermine majoritairement le volume brut d'incidents | Forte | ISAF ; Midway et al. 2019 |
| Turbidité de l'eau | ↑ probabilité de morsure (visibilité réduite, bait fish) | Forte | ISAF, Naylor |
| Aube / crépuscule | Pic d'activité de chasse | Forte | ISAF |
| Estuaires / sortie d'eau douce | Attractif pour bouledogues | Forte | Hazin 2008 ; CHARC |
| Aménagements littoraux (ports, irrigation) | Recife : déplacement de population documenté | Forte (BR) | Hazin 2008 ; Lagabrielle 2018 |
| Présence de colonies de proies (otaries) | Sites blancs : Cape Cod, Cape Town, Plettenberg | Forte | OCEARCH ; Shark Spotters |
| Marée haute | Bouledogues plus proches du rivage | Moyenne | FAPESP / UFRPE |
| T° de surface (réchauffement) | Décalage des aires de répartition vers les pôles | Moyenne | NOAA ; ICES J. Mar. Sci. |
| Effet d'une marine réserve sur les attaques | Hypothèse populaire (RUN), non démontrée causalement | Faible | Discussions locales |
| Phases lunaires | Hypothèse circulée, pas de méta-analyse robuste | Faible | Études isolées |
| Personnalité individuelle du requin | Démontrée chez C. leucas ; mémoire > 18 mois | Forte (mécanisme) | Clua et al., revue Behaviour |
2025 — total mondial. ISAF : 65 non provoquées, 9 fatals NP, 12 fatals tous types. Tracking Sharks : 68 morsures, 11 fatals au 24 décembre 2025. Écart de calendrier et de critères ; ISAF prévaut comme référence académique.
2024 — fatals. Communications ISAF/presse cohérentes : 4 fatals non provoqués, 7 fatals tous types.
La Réunion — total historique. Wikipedia EN : 27 fatals / 56 total depuis 1913. Sources scientifiques : 47–60 selon période. Sources tourisme : 30 entre 2010–2020. Périodes et définitions divergent ; consulter Lagabrielle 2018 et Lemahieu 2017 pour les chiffres validés.
NJ 1916 — espèce(s). Burgess (ISAF) penche pour un jeune requin blanc, possiblement un seul individu. R.A. Martin (Reefquest) conclut à ≥ 3 individus différents. Controverse ouverte.
Document généré à des fins de relecture critique. Toutes corrections, ajouts ou réfutations sont sollicités. Les éléments factuels post-janvier 2026 et les sources non-anglo/francophones doivent être considérés comme partiels. Ce document n'est pas une publication scientifique mais une compilation OSINT structurée pour discussion.